Samedi 13 avril 2013 à 12:28
de Guillaume Nicloux
avec Pauline Etienne, Isabelle Huppert, Louise Bourgoin
sortie le 20 mars 2013
La mode était pourtant finie de commencer le film par la fin. En 2011 une vague de long métrage français tous plus différents les uns que les autres avaient en effet utilisés ce procédé. L'on pourrait citer "Intouchables" ou "tu seras mon fils" (de Gilles Legrand.). Cette façon de faire cassait le rythme et dévoilait l'intrigue. C'est typique d'un certain cinéma (français ou non) où lors de la séance on ne s'ennuie pas mais où au final le film est inutile. Un film jetable en somme puisqu'en plus d'avoir une bande annonce qui montre tout, on sait ce qui va se passer dès le début puisqu'on connait la fin.
Guillaume Nicloux prend son temps pour mettre en place l'histoire (sur presque 2h il a bien raison) et prend des libertés avec le roman (puisque dès le début on connait la fin). Il commence par présenter le quotidien de Suzanne (la révélation, Pauline Etienne. Un césar ? ), sa vie avec ses soeurs et ses parents. Sa relation avec ces derniers, son quotidien, sa foi, ses questionnements, et la raison pour laquelle elle sera enfermée. Enfermée dans un couvent où il est plus facile d'entrer que d'en sortir surtout au dix-huitième siècle et avec des mères supérieures cinglées. Tout cela se suit avec plaisir mais sans passion, on attend que ça passe en attendant que l'intrigue décolle.
Le film commence véritablement lors d’une première partie distincte où Suzanne entre au couvent contre son gré pour différentes raisons familiales (officiellement pour avoir une bouche en moins à nourrir). Même si la tristesse et l’ennui sont présents, les premières semaines se passent bien et des rapprochements amicaux se font (Alice de Lencquesaing, vu dans Polisse et au galop). Le film change de ton et les ennuis commencent lorsque le personnage de Louise Bourgoin apparait. Commence alors une longue période de brimades où Suzanne sera réduite à quelque chose de moins humain et où les sœurs et la mère supérieure s’acharneront sans aucune pitié, aucune considération. Les autres filles agissent comme des robots ou obéissent en étant très contente de ne pas être à sa place. Brimades, blessure au verre, enfermement, interdictions (besoins naturels, prière, droits les plus élémentaires), toutes ces punitions sont orchestrées par une Louise Bourgoin (sadiquement inspirée) qui révèle un talent pour le drame et le minimaliste. À voir l’excellente scène dans son bureau en face à face avec Suzanne où par une seule phrase, une simple phrase, elle expose la folie de son personnage (« vous êtes possédée par le diable ») devant une Pauline Etienne entièrement dévouée à son personnage. Son personnage qui restera digne et fort malgré les drames. Cette première partie est lumineuse et presque aveuglante mais, on ressent un fort sentiment d’enfermement et de tension grâce à de longs plans séquence, une continuité de récit et des temps très fort.
Louise en mode sadique et sans maquillage
Malheureusement la seconde partie n’est pas à ce niveau-là. Même si avec Isabelle Huppert en mère supérieure on comprend que le calvaire de sœur Suzanne n’est pas terminé. En effet cette deuxième partie à un souffle de liberté mais possède trop de longueurs, certaines scènes sonnent faux et donnent l’impression d’avoir été rajoutées là, sans suite ni continuité juste pour qu’Isabelle Huppert (en petite forme) puisse jouer une mère supérieure dévorée par un manque d’amour. Son amour pour Dieu ne lui suffit plus et on comprend avec le personnage d’Agathe Bonitzer (en détresse) que toutes les filles ont subi ce manque d’amour tactile dans cette petite communauté isolée et perdue en haut d’une montagne. Cette deuxième partie possède tout de même une très belle photo (voir les scènes éclairées à la bougie. Un beau travail de Yves Cape directeur de la photographie) et il y règne une atmosphère troublante et perverse qui ne laisse pas indifférente.
Au final, La religieuse est un film avec ses défauts qui se regarde avec plaisir mais une question plane lors du chemin de retour : était-il bien utile ?
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NOTE : cette critique sera présente dans mon magazine "
la septième obsession" avec celles de Gerry, Le temps de l'aventure, Kids et Hit & miss. sorti le 25 mars